Commerce

Pourquoi est-ce que la neutralité du réseau est une question d’affaires?

La réponse courte

Au Canada, la téléphonie et les services de câblodistribution ont débuté en tant que monopoles. De nos jours, cette réalité affecte encore la façon dont les compagnies offrent l’accès à Internet. L’Internet représentait une nouvelle source de revenue puisque les compagnies de téléphone et de câble pouvaient livrer le service sur leur infrastructure déjà en place, soit les lignes de téléphone et de câble.

Aujourd’hui, la présence des formats multimédias nécessitent un accès haute-vitesse à Internet. Afin de d’offrir ce genre d’accès, les réseaux doivent être plus grands et plus rapides, une réalité qui exige des investissements massifs de la part des fournisseurs d’accès Internet. Par contre, les fournisseurs veulent minimiser le risque dans leurs investissements. Les services de tierces personnes, tel que VoIP (Vonage), la lecture en continu d’un flux vidéo (YouTube) et le P2P, sont en compétition avec les services offerts par les fournisseurs d’accès Internet, alors ces mêmes fournisseurs veulent donner priorité à leurs propres services de vidéo et de téléphonie. La gestion du réseau par les fournisseurs d’accès Internet limiterait la capacité des individus ou des petites entreprises de développer et de mettre en marché des nouvelles applications ou du nouveau contenu.

La réponse longue

  1. Quel est l’historique des services à large bande au Canada?

    Au début des années 1990, il y avait beaucoup d’entreprises qui offraient l’accès à Internet par ligne commutée (« dial-up »). Par contre, un accès plus rapide et une bande passante élargie sont devenus nécessaire à cause du contenu multimédia et des sites interactifs. De nouvelles technologies pouvaient offrir ce service, soit en utilisant les infrastructures téléphoniques (grâce à la ligne d'abonné numérique à débit asymétrique) ou en utilisant les infrastructures de câblodistribution. De grands investissements étaient requis afin de moderniser les réseaux de téléphone et de câble, et puisque lee cadre réglementaire et le support gouvernemental disponible à l’époque encourageaient l’investissement les compagnies de téléphone et les câblodistributeurs ont pu s’imposer rapidement sur le marché. Presque partout au Canada, seule une ou deux compagnies de téléphone ou de câblodistribution existent, donc les Canadiennes et les Canadiens doivent composer aujourd’hui avec des duopoles dans chacune des différentes régions géographiques du pays.

  2. Où en sommes-nous présentement?

    Il y a plusieurs parties prenantes dans ce débat. Les compagnies veulent assurer leur rentabilité. Les utilisateurs de l’Internet veulent un service fiable sans une augmentation des prix. Le gouvernement veut équilibrer les besoins politiques et commerciaux.

    Les compagnies de téléphone et de câblodistribution percent de nouveaux marchés afin d’augmenter leurs recettes. Par exemple, les compagnies de téléphone sont en voie de développer la télévision IP afin de faire compétition au câble. La télévision IP requiert un accès plus rapide, et donc des investissements dans les réseaux de téléphone. Par contre, avant d’y mettre un sous, les investisseurs veulent connaître les recettes potentielles et les risques associés.

    Si les compagnies de téléphone modernisent leurs réseaux, mais seulement suffisamment pour offrir leur nouveau service de télévision IP, les services concurrentiels tels que YouTube, Google Video, ou autres, seront dégradés. Ces services seront plus lents, moins fluides, et donc moins compétitifs par rapport au service de télé IP. Cette situation se compare à celle que vivent les compagnies de câblodistribution qui tente de percer le marché de la téléphonie.

    La situation est encore plus complexe, puisque les propriétaires des réseaux sont aussi, en grande partie, des producteurs de contenu sur Internet. Par exemple, Québécor appartient non seulement des chaînes de télévision, mais aussi un fournisseur de service Internet (Vidéotron) ainsi que plusieurs journaux et magazines québécois. Plusieurs médias canadiens ont aussi des participations croisées, ce qui encouragent ces compagnies à donner priorité à leurs propres services sur Internet, leur donnant un avantage indéniable sur le marché.

  3. Où allons-nous?

    Les aspects commerciaux du débat sur la neutralité du réseau sont très importants. Pour que la résolution du problème soit fructueuse, elle devra prendre en compte toutes les demandes des différentes parties prises. La solution devra :

    • Protéger les communications comme étant un service essentiel ayant un impact sociétal indéniable (censure, liberté d’expression, sécurité publique, etc.)
    • Améliorer la qualité des services et les prix aux consommateurs
    • Encourager la mise de fonds pour l’amélioration du réseau afin d’avoir des services de télécommunications plus rapides et compétitif au niveau international.